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Une pierre pour le cinéma au tchadien

La réalisatrice et sociologue Ache Coelo a organisé la première édition du festival de courts-métrages Fetcoum à N’Djaména du 20 au 24 juin 2018. Cette manifestation a permis un brassage de professionnels du cinéma venus de douze pays avec différents événements : des colloques, des formations et dix-huit projections de courts-métrages. On peut espérer avec raison que ce genre d’initiatives peut contribuer à un vrai engouement pour le septième art au pays de Toumaï.

Le vendredi 22 et le samedi 23 juin deux conférences ont eu lieu à l’hôtel Radisson Blu. La première, qui portait sur les productions et les fonds de production ainsi que les solutions pour les jeunes en Afrique était animée par Diaz Hugues, directeur de la cinématographie du Sénégal ; Begro Yohou Désiré, directeur des opérations de l’Office National de l’Action Cinématographique de la Côte d’Ivoire ; Issa Serge Coelo, réalisateur et producteur d’origine tchadienne et propriétaire du Normandie et Benmouissa Sana, représentante du centre cinématographique marocain. Le cinéma, la rencontre a pu en rendre compte, se porte mieux en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Maroc, et le Tchad pourrait s’inspirer de ces pays en soutenant davantage ses films effectifs et potentiels par une politique culturelle plus appuyée. La deuxième s’est dédiée à l’autonomisation économique de la femme dans la culture et le cinéma. Dr Ahmat Taboye, écrivain et enseignant tchadien ; Balufu Bakupa, cinéaste congolais ; Mme Neloum Mbaigoto, directrice de la compagnie pour un Tchad sans faim avec les femmes rurales et Eric Volibi, responsable du département « social et mobilisation » de l’UNESCO à Paris étaient cette fois-ci les prestigieux intervenants. La diversité des conférenciers invités a pu mettre en avant le fait que le cinéma concerne tout le monde, et peut aisément lutter, par exemple, pour les droits de la femme.

Mouna Ndiaye, actrice burkinabée renommée lauréate du prix de la meilleure actrice au Fespaco en 2015, et Mama Keita, cinéaste franco-guinéen de mère vietnamienne, ont accompagné quant à eux quinze participants, respectivement en jeu d’acteur et en écriture de scénario : cinq apprenants pour la première catégorie dont deux garçons et dix filles pour la seconde, donc sur treize représentantes de la gent féminine sur quinze « étudiants » – un signe là aussi encourageant pour la place qu’espérons-le la femme tchadienne va prendre en crescendo pour faire vivre la culture de son pays et en adéquation avec le fait que le festival a été initié par une femme, Ache Coelo donc. La formation en jeu d’acteur a permis aux stagiaires de se perfectionner et de partager leur expérience, de comprendre à quel point le corps joue un rôle déterminant pour un acteur. Quand l’on joue, Mouna Ndiaye a insisté sur ce point, la colonne vertébrale doit être dressée et les muscles bien tendus. Il faut aussi savoir que chaque détail de l’expression faciale se révèle parlant : ouvrir grandement les yeux peut suggérer de l’étonnement, une surprise ou signe de complicité. En ce qui concerne l’écriture, l’intervenant a pendant la cérémonie de clôture dit combien les séances avaient avant tout été pour lui des échanges, au contraire d’une leçon ou d’un cours théorique, s’axant autour d’exemples de scénario concrets. Ces formations ont eu le mérite de donner confiance à des autodidactes désireux de donner forme à leurs rêves et de s’engager pleinement dans leur passion.

Dix-huit projections de courts-métrage ont enfin complété les réjouissances. Les films montrés se sont avérés assez différents – graves ou plus légers, très courts ou dépassant le quart d’heure. Le poids des traditions, la politique africaine, les femmes, l’immigration ou encore l’éducation ont fait partie des thèmes récurrents. Les projections se sont déroulées dans quatre endroits différents de N’Djaména : le cinéma Normandie bien sûr, le centre Talino Manu et la maison du quartier de Chagoua ainsi que la maison canal + à Chagoua également. Parmi les films retenus : One more vote for Obama de Mama Keita, Le damier de Balufu Bakupa – un « classique » qui date déjà de 1996 -, L’enfant perdu du Sénégalais Ndiaye Abdul Khadir, Daymane Tours du Tchadien Pepiang Toufdy ou encore Coupez ! de la Malienne Hawa Sogoba. Les festivaliers qui ne les connaissaient pas encore ont aussi eu l’opportunité de découvrir le premier court-métrage d’Ache Coelo, Entre quatre murs, ainsi que qu’Un taxi pour Aouzou qu’a réalisé son mari Issa Serge Coelo.

Ce Fetcoum est une première pierre importante pour le cinéma tchadien. Chacun et chacune peut apporter sa contribution à cet édifice.

Un article de Nedjet Modestie et Matthias Turcaud

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