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La panthère dans le viseur!

De Nouakchott en Mauritanie à la Normandie en France et du Dakar au Sénégal à Rabat au Maroc, l’artiste Mounira a bouclé une année riche et récompensée par des travaux avec des artistes africains et européens. Elle nous parle aujourd’hui de la condition féminine au Tchad et de ses projets. 

Qui est Mounira Mitchala

Mounira  Mitchala est une artiste musicienne et actrice originaire du Tchad. Elle est aussi auteure-compositrice,  interprète  et joue du shaker, un instrument de musique.

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’il n y a rien au Tchad ?

Il y a absolument  tout au Tchad. C’est pourquoi pour rendre la vie meilleure comme dans les autres pays prisés,  nous devons travailler dur au même titre que le peuple des pays emmergents et développés.  Visiblement nous ne manquons pas de ressources. De l’espace nous en avons. Notre agriculture pourrait nous auto-suffire et pourquoi pas nourrir les populations au delà de nos frontière. Le tourisme à lui seul peut rendre le Tchad très riche car notre diversité culturelle est une mine d’or. Tout est dans la volonté et le travail. La vie est un combat.

En travaillant avec abnégation le Tchad  pourra  être une puissance régionale. J’ai choisi la musique pour apporter ma pierre de contribution au développement du Tchad et j’ai obtenu tout ces prix en travaillant dur et en résidant au Tchad. Toumaï a été découvert au Tchad. Nous sommes juste à l’endroit où  l’humanité a pris sa racine. Il y a de quoi en  être fière. C’est aux Tchadiens de travailler pour le Tchad, chacun de nous doit mettre la main dans la pâte.

S’il faut qualifier le Tchad à une créature artistique, comment le présenteriez-vous ?

En comparaison aux pays que j’ai eu à  visiter, je dirais que le Tchad à travers son paysage  est définitivement l’un des plus beaux pays aux monde de par sa beauté naturelle. Pour moi, le Tchad est une figurine à la silhouette féminine , aux formes gracieuses taillée en bois d’ébène et aux chevelures  ondulés.

En quoi la musique peut-elle devenir un atout de développement ?

La musique est un moyen de communication redoutable, raison pour laquelle  j’écris des textes qui témoignent les maux de nos sociétés pour sensibiliser  et conscientiser tout le monde. Par exemple la protection de l’environnement dans le morceau “AL SAHARA”.  Le Tchad est  un pays désertique et menacé par le réchauffement climatique. Il est sans ignoré que le désert avance, en exemple du cas du lac Tchad qui est extrêmement  alarmant. Si nous ne faisons rien d’ici quelques années  le Sahara gagnera  le Tchad et nous serions certainement  obligés d’immigrer vers de nouvelles terres un jour.

Je parle  de la valorisation de notre culture, de la paix, de la lutte contre le sexisme, des droits des femmes,  l’Afrique a besoin de  la femme pour son développement, la femme doit reprendre sa place. Après tout la nature nous a créé pour nous compléter. Je ne crois absolument pas a l’inégalité.

Comment la musique à influence votre devenir

La musique a soigné ma timidité. Elle m’a ouvert des horizons et ma permis de gagner mon autonomie en tant que femme et réussir ma vie en tant qu’artiste. Je pratique un métier que j’aime beaucoup et je m’épanouie.

Parlez nous des festivals auxquels vous avez récemment pris part.

Au mois de mars 2018, j’ai participé à la  première édition  du festival  Les chants des LINGUERES  avec 8 autres chanteuses d’Afrique, organisé par KOUMBO GAOULO a Dakar au Sénégal  sous le thèmes de la dividende Démographique au Sahel (SWEDD) et autonomisation des femmes, suivie du forum des conférences et finance par UNFPA.  C’était à l’ occasion de la journée internationale de la femme. 

Ensuite au mois d’août j’étais en résidence  avec mes musiciens en France : Charles Kelly , Christian Bang et William Ombé, à  saint-Aubin en Normandie  avec la compagnie  les arts improvisés. Il y avait aussi  Camel Zekri. Ensuite j’ai joué au  Festival  Les TRAVERSEE  DE TATIHOU à la manche, qui a été une très belle et enrichissante expérience pour moi.

Au mois d’octobre  j’étais à Nouakchott  en Mauritanie avec mon guitariste Yam Ribar Djingarté pour le festival  les cultures métisses. Nous avons passé une semaine de travail de création durant laquelle nous avons  écrit et composé deux chansons avec les  sympathiques artistes mauritaniens  Brahim Sar, Hamadi Molo, Chekou  Ba  et la sublime chanteuse Fati  Diaw dite TIFA , une artiste qui a un avenir brillant dans la musique mauritanienne. Nos textes parlent de l’unité au sahel et  de la lutte contre l’immigration clandestine.

Enfin au mois de novembre  j’ai joué au salon du VISA FOR MUSIC à Rabat au Maroc, une vitrine et plateforme d’échange dédiée aux professionnelles et aux artistes des musiques d’Afrique, du moyen orient et des caraïbes.  Ce salon a été une très belle expérience pour moi étant donné que c’est la première fois que j’y  participe à un salon de musique.

Il faut noter qu’au début  du mois de mars, j’ai offert un concert gratuit pour les 10 ans du prix découverte RFI à mes fans au cinéma le Normandie. Le concert a été organisé par ARSOUM Production.

A la fin du mois de décembre je prévois  aller au Guera  dans mon terroir pour assister  au festival régional des arts, un retour aux sources incontournable.

Visiblement vous avez visité de nombreux pays au cour de votre travail. Quelle était votre perception de la philosophie de vie de ses populations ?

Il faut dire que parmi tous ces pays que j’ai eu le plaisir de visiter, la population est très eveillée et ouverte. Les gens sont curieux de connaître la culture de mon pays, quelles langues nous parlons, ce que nous mangeons…bref ce sont toujours les sujets touristiques et culturels qui interessent les personnes en premier lieu. Aussi, je crois que le monde se rend compte qu’avec la musique nous pouvons changer des mentalités et rendre notre vie meilleure. Le public est comme d’habitude toujours au Rendez vous, avec tout ce qui se passe dans le monde de nos jours, la musique n’a pas de frontière et de ce fait  c’est un excellent outil d’union et  c’est exactement ce dont l’Afrique  a besoin : de la paix de l’unité et du développement.

Avez-vous des projets avec les Artistes de ces pays

J’ai un projet  de résidence avec  la région de la manche à Saint-aubin et aussi avec l’Afrique de l’ouest.  Mais tout cela se prépare pour l’année prochaine.

Comment avez vous trouvé la population dans son aspect culturel

La population était à fond dans sa culture, après tout, notre culture nous défini et fait de nous des Tchadiens, mauritaniens, sénégalais ou éthiopiens. Alain FOKA  a disait un peuple sans culture est un peuple sans âmes. L’ignorer nous amènes à poser la question, mais qui  nous sommes?

À votre avis, les réseaux sociaux sont il un mal nécessaire pour l’évolution de la musique tchadienne ?  

Les réseaux sociaux sont incontournables de nos jours et nous sommes obligés de prendre le train en marche.  Youtube, facebook et autres sont des  excellents moyens de faire connaître l’art tchadien en général et la musique en particulier. Malheureusement au Tchad  l’Internet coûte encore cher .

Grâce à la toile, on peut être en contact regulier avec le monde des arts. Il est plus facile aujourd’hui de se faire connaitre qu’il y a vingt ans en arrière. C’est une opportunités que les artistes devaient saisir.

Pensez-vous que la culture pourrait redorer limage du Tchad à l’échelle mondiale ?

Evidemment ! Mais cela va de paire  avec le travail bien fait. Il faut que les artistes se mettent au travail, s’entendent et s’organisent et que le Ministère de la Culture leur donne  tous les moyens nécessaires. Il ne manque pas de talents au Tchad. Avec la culture nous pouvons en faire davantage. Les exemple sont les  Hollywood, Bollywood ou Nollywood, il n y a pas de honte à s’inspirer  des autres. Il n’est pas interdit de rêver d’un Tollywood.

En Mauritanie, la musique est-elle à l’image de la culture originelle ou est elle influencée par la musique urbaine africaine.

La musique mauritanienne reflète leur culture originelle puisqu’on joue avec des instruments traditionnels.  Pour le cas de notre création, nous avons fait un  arrangement rythmique sur ma chanson TALOU LENA. J’étais très satisfaite de ma résidence à Nouakchott et je félicite les organisateurs d’avoir initié cette rencontre entre les pays du Sahel, et de nous avoir fait découvrir le thé mauritanien. On se rend compte qu’on a enfaite  beaucoup de point en commun.

Que signifie pour vous « une femme tchadienne » ?

Pour moi La femme tchadienne est une femme forte et courageuse mais  souffre aussi des pesanteurs socio-culturels. La femme donne la vie, nourrit, calme les esprit. Elle est éducatrice, mère au foyer et socle incontournable du développement. La femme Tchadienne est celle qui porte les charges du travail surtout dans les milieux ruraux où j’ai pu le constater quand j’étais ambassadrice de bonne volonté à la FAO.

De nos jours les femmes tchadiennes ont pris conscience quelles doivent prendre leur vie en main. On remarque de plus en plus des jeunes femmes impliquées dans des tâches qui étaient autrefois réservées aux hommes comme les clandowoman, mecanicienne et soudeuse. De plus  en  plus les filles vont à l’école et font des études supérieurs. Nous sommes sur la bonne voie.

Quelle mot détestez-vous le plus ?

Le mot que je déteste le plus est  « Mensonge ».

Quelle est votre objectif sur terre ?

Mon objectif sur terre ? Je pense qu’il faut faire du bien et vivre heureux. J’ai choisi la musique à travers laquelle j’apporte  du bien être aux âmes. Avec mes textes je les amène à réfléchir pour une vie meilleure pour notre société.

Un mot pour les femmes et la jeunesse Tchadienne

Prenez votre vie en main et ne laissez personne décider à votre place. Ayez confiance en vous, innovez, travaillez, gagnez votre autonomie et le reste suit. Avancez et comptez sur vous-même, ne baissez pas les bras. Et si vous tombez, relevez-vous par ce que la vie est un combat au quotidien.

Mounira Mitchala est  prix découverte RFI 2007 – Meilleure artiste féminine de l’Afrique centrale au kora awards 2012 – Meilleure artiste francophone de AFASA  2014.

Textes & Photos : Salma Khalil

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